Monsieur le maire de Perpignan
Cher Jean-Marc Pujol,
haussmann

J’observe avec attention vos travaux dans la bonne ville de Perpignan. Ayant moi-même développé quelque habileté en matière de rénovation urbanistique, souffrez que je me fende d’un bref commentaire sur votre grand œuvre.

En observant avec soin le plan et le programme des rénovations à venir, j’ai compris qu’un tiers de ce fameux quartier Saint-Jacques allait disparaître. Un tiers, mazette ! Ce n’est pas autant que moi qui ai remodelé 60 % de Paris, mais c’est tout de même un programme ambitieux. Ce quartier qui a planté ses racines si profondément dans le sol depuis son lotissement au Moyen Âge va être chamboulé comme jamais ! Si je puis me permettre, attendez-vous, pour ce génie visionnaire, à ce que des esprits tatillons vous surnomment Attila. À vrai dire moi aussi j’ai eu droit à un tel surnom, mais entre nous la belle affaire !

J’ai vu que vous souhaitiez multiplier les places. Moi-même à Paris, j’ai fait mettre 80 squares dans 80 quartiers. Vous allez faire à peu près pareil, une tripotée de places et d’aérations en tous genres mais pour un seul quartier. Permettez-moi de m’interroger : n’est-ce pas trop, d’autant que ça apportera un soleil de plomb dans vos rues ombreuses du Midi pour l’instant épargnées ? À moins qu’il n’y ait derrière une stratégie de fine police qui souhaite contrôler l’espace comme j’ai pu le faire avec mes boulevards. Auquel cas je vous tire mon chapeau.

Sans vouloir m’immiscer dans les affaires communales, je constate que les places déjà existantes sont loin d’être une réussite et font plutôt penser à la trace qu’un animal gigantesque aurait laissé au hasard de son errance plus qu’à un projet urbain. Tant que c’est au cœur d’un quartier où personne ne va, ce n’est pas un problème mais attention tout de même, cela va finir par se voir.

Nul doute qu’on vous remerciera sans doute un jour, peut-être en nommant une de vos fameuses places de votre nom et en y apposant un buste en bronze à votre effigie. En attendant ce jour de gloire, veuillez agréer mes sincères encouragements.

Baron Haussmann, Préfet de la Seine